17/11/2010

Le méchant

Le méchant

 

Nous avons tous constaté pendant notre enfance, qu’en pleurant ou commandant, nous nous sommes fait obéir, et avons obtenu ce que nous désirions. Certains n’ont pas quitté cet état et restent persuadés que toutes les choses leur sont dues. Mais le monde n’est pas une nourrice, et ils pleurent en vain !

Qu’est-ce qu’un méchant ?

Etre méchant, ce n’est pas seulement faire le mal, mais c’est le vouloir, c’est celui qui fait du mal à autrui pour son bien à soi. Un méchant met l’amour de soi plus haut que la morale. Ou pour le dire autrement, dans un langage plutôt évangélique que kantien : il soumet l’amour du prochain à l’amour qu’il a de lui-même. Il ne tient compte d’autrui que dans la mesure où son propre confort n’est pas compromis. Tout méchant est égoïste, même si cet égoïsme se masque derrière le dévouement à une cause ou à un Dieu. Un méchant est un égoïste sans frein, sans scrupules, sans compassion. Le méchant manque d’amour et ne sait pas qu’il est malheureux par sa propre action et donc l’impute à autrui.

Le méchant, c’est celui qui se croit, qui se prend au sérieux, celui qui oublie sa propre responsabilité. Le méchant, au fond, c’est celui qui se prend pour Dieu (l’amour en moins) ou qui est persuadé que Dieu est dans son camp et le couvre, ou encore autorise et justifie tout ce qu’il croit être tenu d’accomplir. Il ne cesse de trouver des justifications ou des excuses pour se donner bonne conscience, et c’est pourquoi il s’autorise le pire au nom du meilleur ou de soi.

Extrait du livre « le Goût de vivre » écrit par André-Comte Sponville

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19:44 Écrit par Fanchon dans Pensées | Lien permanent | Commentaires (16)

12/11/2010

Charité bien ordonnée...

Qu’il faille s’aimer soi-même, c’est une évidence. Comment pourrions-nous autrement être heureux ?

Aimer notre prochain « comme nous-mêmes » ?

…Comment s’aimer soi-même, si l’on reste prisonnier de son image ?

Comment aimer l’autre, si l’on ne sait aimer que celui que l’on croit être ?

C’’est de l’amour-propre.: non le fait de s’aimer soi-même, mais le fait de n’aimer que soi. Ce n ‘est pas plus d’amour, mais moins d’amour…

Celui-là, il se veut grand, et se voit petit ; il veut être heureux, et se voit misérable ; il se veut parfait, et il se voit plein d’imperfections. Comment aimerait-il la vérité, puisqu’elle le blesse ? Comment aimerait-il les autres, puisqu’ils ne l’aiment jamais assez, jamais comme lui, comme il voudrait qu’on l’aime, passionnément, aveuglément, exclusivement…tant il est égoïste, toujours égocentrique (il se fait centre de tout), toujours narcissique, toujours tyrannique, et c’est pourquoi il est haïssable : parce qu’il ne sait aimer que soi, ou plutôt que ses illusions qu’il se fait lui-même !

L’amour de soi est une vertu, une force, une sagesse ; l’amour-propre est une faiblesse et un malheur : c’est l’incapacité d’aimer les autres, de les aimer vraiment, tels qu’ils sont et parce qu’ils sont, et non pour le bien qu’ils nous font ou qu’on en espère.

Accepter d’être quelqu’un d’ordinaire et s’aimer comme tel, se pardonner de n’être que soi, cela fait partie de la santé, de la sagesse, et nul ne saura sans cela aimer aussi les autres.

Pas de charité sans amour de soi, et pas d’amour de soi sans charité.

C’est où la charité est du bon côté de la vérité, comme le narcissisme du côté de l’illusion…

Extrait du livre « le Goût de vivre » écrit par André-Comte Sponville

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17:07 Écrit par Fanchon dans Pensées | Lien permanent | Commentaires (23)